La sortie de Nitu Ntoto se précise
Dans quelques semaines seulement, les bacs accueilleront « Nitu Ntoto », deuxième album du chanteur Abel Dibassa, établi en France. Neuf ans après « Succession », le drapeau congolais flottera de nouveau sur quinze titres nourris d’influences variées, entre tradition natale et vibrations cosmopolites.
Pression créative et regard critique
Joint par nos soins, l’artiste confie aborder la sortie avec une sérénité nouvelle. « La phase la plus exigeante reste l’écriture et l’harmonisation », rappelle-t-il. Désormais, conclut-il, « la balle est dans le camp des mélomanes avertis », un sourire audible au téléphone.
Cette respiration se comprend : l’enregistrement, réalisé entre Paris et Lyon, l’a vu disséquer chaque mélodie, superposer les voix, chercher le souffle juste. Le trac se mue aujourd’hui en soulagement, sans prétendre atteindre une perfection qu’il juge, de toute façon, illusoire.
Abel Dibassa n’ignore pourtant pas les critiques à venir. « Les avis négatifs sont nécessaires pour avancer », concède-t-il. Ce recul lucide traverse son processus créatif : se faire violence en studio pour offrir, plus tard, une écoute libérée de calculs.
Un patchwork de styles contemporains
L’auteur-compositeur s’est donc autorisé une liberté totale de ton. « Si l’artiste se préoccupait des avis, il y aurait moins d’œuvres », tranche-t-il. Le résultat navigue du zouk à l’afrobeat, du soukouss à la rumba, sans quête d’étiquette, mais avec cohérence.
Ce patchwork sonore rappelle la philosophie qu’il revendique depuis « Succession » : la diversité comme gage d’authenticité. À l’ère des playlists algorithmées, « Nitu Ntoto » revendique un fil rouge organique, chaque piste alimentant la suivante comme un carnet de route intime et collectif.
Polyphonie et identité linguistique
La même ouverture irrigue le choix des langues. Lingala, français et lari se croisent naturellement, sans hiérarchie. « Je n’ai choisi aucune langue ; elles m’ont été données », explique-t-il. Partout, l’envie de refléter les itinéraires mêlés de la diaspora congolaise.
En studio, cette polyphonie a demandé de minutieux ajustements. Les accents, les couleurs vocales et les percussions changent d’un idiome à l’autre. Mais loin d’un exercice de style, cette hybridation veut répondre à un impératif simple : raconter l’expérience plurielle d’un artiste migrant.
Nkutu Ma tchacha, miroir des blessures
Parmi les titres les plus attendus figure « Nkutu Ma tchacha », chanté en lari. La chanson aborde l’ingratitude et la trahison amoureuse. Les mots manquent au narrateur, qui recourt à l’allusion. « La cause est explicite, l’effet implicite », souligne le chanteur, citant sa plume.
Le morceau illustre son goût pour la littérature, qu’il convoque comme un ressort dramatique. Chaque refrain, malgré la douleur, propose une élégance mélodique qui rappelle que les blessures peuvent devenir carburant créatif, surtout lorsqu’elles sont sublimées par des cuivres aux accents rumba.
Bientôt le retour sur scène
L’autre facette de « Nitu Ntoto » se déploie sur scène. « La scène, c’est la communion », insiste Dibassa. Une tournée se dessine en France, puis au Congo-Brazzaville. Les dates, en discussion avec plusieurs salles, seront dévoilées dès que l’agenda logistique le permettra.
Les réseaux sociaux du musicien laissent déjà filtrer des répétitions en trio acoustique, où l’on devine un set-list épuré pour cafés-concerts, et une configuration complète pour festivals d’été. Le public congolais de Brazzaville et Pointe-Noire devrait retrouver l’artiste avant la fin de l’année.
Au-delà du calendrier, Abel Dibassa voit dans cette tournée un retour aux sources. Il évoque la chaleur des fans rencontrés lors de son dernier passage à l’Institut Français de Brazzaville. « Le live est le juge de paix », confie-t-il, impatient de rejouer sur ses terres.
Un objet visuel et digital
En attendant, le dernier mixage est bouclé, les visuels finalisés. La pochette, photographiée par la Franco-Congolaise Murielle Mankoto, conjugue motifs ethniques et design urbain. Un QR code y renverra vers des contenus exclusifs, clin d’œil à une audience désormais tout numérique.
Équipe de production et collaborations
Les crédits révèlent un casting soigné : le guitariste camerounais Etienne Mbappe apporte des lignes funk, tandis que la jeune claviériste congolaise Ornella Longo signe des nappes jazzy. Le mixage a été confié à l’ingénieur ivoirien Kader Kone, référence des musiques afro-urbaines.
Cette alchimie transafricaine répond à un dessein précis : montrer que la rumba congolaise peut dialoguer sans complexe avec le high-life ou les synthés électro. « Il ne s’agit pas de saupoudrer, mais de bâtir », insiste Dibassa, jaloux de préserver l’âme de chaque culture invitée.
Un temps long pour mûrir l’écriture
Neuf années séparent « Succession » de « Nitu Ntoto ». L’artiste estime avoir gagné en maturité. « Avant, je voulais prouver ; aujourd’hui, je veux simplement dire », résume-t-il. Ce temps long a permis d’éprouver les chansons sur scène, puis d’enregistrer seulement celles qui résistaient à l’usure.
Ainsi, « Nitu Ntoto » s’avance comme un manifeste de métissage, mais aussi de constance. Dans un univers musical en perpétuelle mutation, Abel Dibassa rappelle que la sincérité reste la meilleure boussole. Aux mélomanes, bientôt, de se laisser porter par ce voyage pluriel.

