Coup d’envoi citoyen au stade Ornano
Sous un ciel matinal, le stade Ornano s’est rempli d’une ferveur inhabituelle. Policiers en uniforme, écoliers en vacances et familles entières ont convergé vers les tribunes pour assister au lancement du tournoi de football U13 et U20 placé sous le signe de la cohésion sociale.
Le ministre de l’Enseignement technique et professionnel, Ghislain Thierry Maguessa Ebomé, a donné le coup d’envoi, officiel et symbolique, entouré du général André Fils Obami Itou et d’un parterre de responsables sportifs venus rappeler que le ballon rond reste un vecteur d’unité nationale.
Quelques heures plus tôt, l’hymne national avait résonné, rappelant que sport et citoyenneté avancent ici de concert. Les banderoles affichant « Lutte contre la délinquance juvénile » traduisaient la volonté commune de canalyser l’énergie des adolescents dans un cadre encadré et festif.
Des chiffres qui racontent le terrain
Seize équipes, huit par catégorie, se sont partagé la pelouse. Pour les U13, deux fois vingt-cinq minutes suffisent à transformer une matinée ordinaire en leçon de solidarité. Les U20, eux, disputent deux périodes de trente-cinq minutes, avant des finales allongées promises au suspense.
Les organisateurs attendent plus de six cents spectateurs quotidiens, chiffre modeste pour un derby capital mais significatif dans un quartier périphérique où l’offre de loisirs reste parcellaire. Chaque ticket d’entrée est gratuit, afin d’ancrer l’événement dans une logique pleinement inclusive.
Selon le club hôte, près de deux cent quarante jeunes seront alignés, accompagnés de trente-deux encadrants sportifs, kinés et psychologues. Un ratio qui assure un suivi individuel et illustre la volonté de professionnaliser l’encadrement, souvent parent pauvre du football de quartier.
Une alliance police–sport : pédagogie douce
Le dispositif est piloté par le Commandement des Forces de Police. Le général Obami Itou parle « d’un terrain d’entraînement à la citoyenneté ». Les agents présents troquent talkies-walkies pour sifflets, glissant de la posture répressive à une présence rassurante, quasi familiale.
Cette co-construction sécurité-sport n’est pas nouvelle, mais elle gagne en visibilité. Depuis trois ans, plusieurs quartiers de Brazzaville ont vu se multiplier des tournois ciblant les 12-25 ans, avec à la clé une baisse mesurée des incivilités selon la Direction générale de la sûreté.
Le ministre Maguessa Ebomé insiste sur l’effet passerelle vers la formation professionnelle. « Le sport fait tomber les murs de la peur et ouvre ceux des ateliers », confie-t-il. Des stands d’orientation seront présents chaque après-midi, proposant stages en mécanique, couture ou menuiserie.
Pour le colonel-major Hugues Ondongo, l’enjeu dépasse l’événementiel. « Nous offrons un modèle concret de discipline et d’effort partagé. » Son propos, applaudi, fait écho au slogan gouvernemental valorisant l’entrepreneuriat jeune comme rempart contre le chômage et la tentation migratoire.
Regards croisés d’experts locaux
L’universitaire Carole Tchicaya, sociologue du sport, observe que l’engagement des forces de l’ordre est accueilli sans méfiance grâce à l’historique culturel de la musique des fanfares policières, déjà populaire dans les quartiers. « Les uniformes rassurent autant qu’ils supervisent » dit-elle.
Du côté des parents, la voix de Mireille Bemba, présidente d’association de mères, se veut pragmatique. « Ce tournoi occupe nos enfants durant les vacances, loin des écrans et des dérives. » Elle réclame cependant un suivi médical régulier pour prévenir les blessures.
Les entraîneurs saluent l’opportunité de détecter des talents avant la rentrée scolaire, moment où les académies privées recrutent. « Voir un recruteur en tribune motive plus qu’une longue dissertation », confie le coach de l’AS Poto-Poto, finaliste l’an passé.
Pour Jean-Michel Ondélé, économiste du développement, l’impact budgétaire reste léger. « Le coût logistique est inférieur à celui d’une campagne d’affichage. Pourtant, l’effet multiplicateur sur la réputation de la ville est considérable. » Les commerçants alentour profitent déjà d’un surcroît de clients.
Au-delà du tournoi, une stratégie pérenne
Le Club Omnisports de Brazzaville voit plus loin que les quatre journées programmées. Sa direction prépare un championnat inter-arrondissements dès la rentrée, soutenu par le ministère des Sports et la mairie. Le stade Ornano serait alors l’épicentre d’un calendrier trimestriel.
Des partenariats sont envisagés avec l’Institut français et plusieurs collectifs de rap, pour mixer football, ateliers d’écriture et projection de documentaires. L’idée, explique le programmateur culturel Alain Mampouya, est de créer une identité de quartier où discipline sportive rime avec expression artistique.
Le service municipal des espaces verts participera aussi, prévoyant la plantation d’arbres fruitiers autour des tribunes. Un geste écologique qui a valeur de pacte : chaque but marqué en finale U13 équivaudra à deux plants de manguier, symboles d’un futur durable.
Jeunesse et horizon culturel
Brazzaville s’inscrit ainsi dans la dynamique continentale qui voit le sport devenir outil d’ingénierie sociale. Des programmes semblables existent à Dakar, Abidjan ou Kigali. La capitale congolaise, forte de sa tradition musicale, y ajoute une coloration festive où le tam-tam répond aux vuvuzelas.
Les artistes locaux, de la scène rumba au slam, promettent d’animer les mi-temps. Le rappeur Galaxie Kongô, finaliste des dernières Visa For Music, a déjà annoncé un titre inédit célébrant « l’esprit Ornano ». Un clip participatif sera tourné avec les jeunes joueurs.
En refermant les grilles du stade le 10 août au soir, organisateurs et partenaires espèrent avoir semé l’idée qu’une équipe se gagne d’abord hors du terrain, dans les gestes quotidiens. Sur la pelouse, comme dans la ville, le fair-play reste la première victoire.
