Un atelier décisif à Brazzaville
Le 13 novembre, la salle ensoleillée de la Direction générale du patrimoine et des archives à Brazzaville a réuni conservateurs, chercheurs et partenaires internationaux. Ils venaient découvrir les tout derniers inventaires des collections du Musée panafricain de musique et du Musée Mâ Loango de Diosso, soutenus par l’Unesco.
L’atelier, ouvert par le directeur de cabinet Lis Pascal Moussodji au nom de la ministre de l’Industrie culturelle, a rappelé qu’un inventaire précis reste la première ligne de défense contre le trafic illicite d’œuvres et le meilleur allié pour guider la gouvernance culturelle nationale vers plus de transparence.
Dans son discours, il a salué « le leadership éclairé du président Denis Sassou Nguesso, dont l’engagement constant pour la culture inspire nos institutions ». Ce rappel s’est accompagné d’un remerciement appuyé à l’Unesco, partenaire technique depuis plusieurs années dans la consolidation des bases documentaires congolaises.
Au cœur des échanges figurait la restitution des missions conduites en mai : quatre jours au Musée panafricain de musique, puis cinq jours au Musée historique de Diosso, dans le Kouilou. Conservateurs, restaurateurs et photographes ont ausculté chaque pièce, notant matériaux, états de conservation, histoires orales associées.
204 instruments répertoriés au Musée panafricain de musique
Créé en 2008 avec 168 instruments fondateurs, le Musée panafricain de musique abrite désormais 204 trésors sonores provenant de vingt pays d’Afrique. Idiophones, cordophones, aérophones et membranophones racontent, chacun, une facette de la diversité rythmique du continent et la manière dont le Congo entretisse ces mémoires.
Jacqueline Babindamana, chargée des collections, a partagé une anecdote sur un likembe du Kasaï arrivé par don, aujourd’hui l’un des objets les plus sollicités lors des visites scolaires. « Lorsque les élèves entendent ses lamelles vibrer, ils comprennent instinctivement que la musique est un langage panafricain », confie-t-elle.
Le musée ambitionne à présent de lancer une campagne de nouvelles collectes en Afrique centrale et australe, de numériser ses archives sonores pour faciliter la recherche académique, et de publier un livret illustré abordable destiné aux collégiens afin de susciter des vocations d’ethnomusicologues congolais.
Musée Mâ Loango : un héritage royal à moderniser
Au musée historique de Diosso, ancienne capitale du royaume Loango, 700 objets ont été soigneusement répertoriés : parures de dignitaires, tambours royaux, poteries funéraires, photographies coloniales. Pour Rufin Sita, chef de projet, « chaque item complète le récit de la diplomatie et du commerce côtiers pré-colonial ».
Le rapport préconise un programme de renforcement des capacités du personnel, de la muséographie à la conservation préventive. La création d’une plateforme web bilingue, alimentée par des fiches 3D, devrait attirer chercheurs et touristes connectés, tandis qu’un partenariat logistique faciliterait la rotation des œuvres vers des expositions itinérantes.
Pour maintenir l’authenticité des collections, les experts recommandent également des ateliers de transmission des savoirs artisanal et spirituel auprès des communautés locales. Cette approche participative stabilise l’environnement social de l’institution et réinscrit le musée dans la vie quotidienne des villages environnants, où les mythes Loango demeurent vivaces.
La stratégie de traçabilité soutenue par l’Unesco
Ghislain Moussoungou, directeur général du patrimoine, martèle que « l’inventaire est un processus permanent ». Ses équipes adoptent désormais un logiciel open source de catalogage recommandé par l’Unesco, permettant la géolocalisation des objets et la génération instantanée de rapports en cas d’alertes sur le marché international.
Marlène Omolongo, administratrice de programmes culturels auprès de l’agence onusienne, insiste sur l’importance d’« ouvrir les portes symboliques des musées ». Pour elle, la numérisation n’est pas une finalité, mais le tremplin vers des expositions virtuelles et des résidences d’artistes capables de réinterpréter les collections.
L’atelier s’est clôturé par la projection d’un film documentaire de quinze minutes. Images de drones sur Diosso, gros plans sur un balafon restauré, interviews de stagiaires : la salle a vibré sous les applaudissements, preuve que la narration audiovisuelle reste un levier puissant pour rallier les publics.
Construire l’avenir du patrimoine congolais
Au-delà des chiffres, la dynamique lancée crée une passerelle entre Brazzaville et Pointe-Noire, entre chercheurs locaux et experts étrangers, entre traditions et technologies. Cet écosystème nourrit l’espoir de voir davantage de jeunes Congolais se spécialiser dans la muséologie et intégrer ainsi la chaîne de valeur culturelle.
De nombreuses voix appellent déjà à l’organisation d’expositions croisées avec les musées nationaux des pays voisins, en particulier le Gabon et le Cameroun, afin de renforcer la diplomatie culturelle sous-régionale. La feuille de route est ambitieuse, mais le précédent succès du festival panafricain de musique laisse présager une adhésion.
À l’issue de la journée, Ghislain Moussoungou a résumé l’esprit du rassemblement : « Les collections existent, reste à les faire parler. » Une phrase qui résonne comme un engagement collectif : transformer chaque objet inventorié en passerelle de dialogue, de mémoire et de rayonnement pour la nation.
Ces avancées interviennent dans un contexte où le tourisme culturel se profile comme un moteur économique alternatif. Selon le ministère du Tourisme, la fréquentation des sites patrimoniaux a progressé de 12 % l’an dernier. Un inventaire clair et accessible pourrait consolider cette tendance et attirer de nouveaux investisseurs.

