Bacongo en fleurs lors de la remise des certificats
Le 13 décembre, dans le quartier Mont des Arts de Bacongo, les bouquets colorés disputaient la vedette aux rubans officiels. Sous un chapiteau parfumé, cinquante-quatre apprentis décorateurs recevaient leur certificat, délivré par le Fonds d’impulsion de garantie et d’accompagnement, en partenariat avec la société Déco Events.
La cérémonie scellait la fin de trois mois d’apprentissage intensif et, surtout, l’entrée de ces jeunes femmes et hommes au répertoire de l’Agence nationale de l’artisanat. Une immatriculation synonyme d’identité professionnelle, d’accès au microcrédit et d’un premier pas vers l’auto-emploi durable.
Sur la scène, Luc Christian Mpara, directeur interdépartemental Brazzaville-Pool du Figa, a rappelé le slogan qui a guidé la formation : « Un jeune formé, une entreprise créée, un emploi garanti ». Dans l’assistance, chaque lauréat savourait la promesse d’un avenir façonné par ses propres mains.
Le pari du Figa sur la formation qualifiante
Créé pour soutenir l’entrepreneuriat juvénile, le Figa multiplie les programmes spécialisés. Selon ses chiffres, plus de 3 000 Congolais ont déjà bénéficié de modules courts, alliant théorie et pratique, dans la couture, la menuiserie ou le numérique. L’art floral s’ajoute désormais à cette palette d’opportunités.
Pour le directeur, l’initiative répond à la feuille de route gouvernementale visant à « ouvrir des brèches porteuses d’opportunités ». Les formations, financées par des lignes de crédit dédiées, sont conçues avec des acteurs privés afin d’aligner compétences acquises et besoins réels du marché local.
Une filière florissante portée par les PME locales
La valorisation de la filière florale s’est accélérée depuis le 23 février, date à laquelle la ministre des PME et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, a lancé un plan d’appui. Les commandes d’arrangements pour mariages, galas et institutions se multiplient, générant de nouveaux revenus pour les prestataires.
« Cette branche d’activité fait actuellement florès », souligne Luc Christian Mpara, chiffres à l’appui : les dépenses événementielles à Brazzaville auraient progressé de 18 % en un an. Les fleurs, longtemps importées, sont de plus en plus cultivées dans la périphérie, réduisant les coûts et dynamisant le secteur agropastoral.
Dans ce contexte, Déco Events joue le rôle de passerelle. La société, dirigée par Flavelle Vouanza Moundelé, a élaboré un curriculum axé sur les bouquets structurés, les arches d’entrée et la scénographie lumineuse. L’objectif était d’ancrer chaque geste technique dans un cadre entrepreneurial immédiatement exploitable.
Témoignages des nouveaux décorateurs
Entourée de roses ivoire, Nadège, 24 ans, raconte avoir « découvert une vocation » en manipulant pour la première fois des dahlias locaux. Elle prévoit d’ouvrir un atelier mobile desservant les neuf arrondissements de la capitale grâce au microcrédit de 300 000 FCFA qui lui sera octroyé.
Pour Fidèle, 29 ans, ancien chauffeur de taxi, la formation sonne comme un renouveau. « Je sais désormais calculer un devis, négocier avec un couple de mariés et réaliser un centre de table en moins d’une heure », confie-t-il, sourire aux lèvres, son certificat encore chaud entre les mains.
Les 54 lauréats bénéficieront d’une enveloppe globale de 16 500 000 FCFA, à rembourser selon un échéancier souple. L’idée est de transformer chaque bénéficiaire en micro-entreprise formelle, capable de créer à son tour deux à trois emplois indirects lors des pics de commande.
Défis et perspectives d’un artisanat modernisé
Le potentiel est réel, mais les défis demeurent. Les formateurs pointent le besoin d’une chaîne logistique réfrigérée pour éviter la perte de fleurs durant le transport entre les serres de Nganga-Lingolo et les salles de réception du centre-ville. Une réflexion est engagée avec les coopératives horticoles.
Sur le plan créatif, l’enjeu consiste à marier savoir-faire local et tendances globales. Instagram, vitrine incontournable du secteur, impose des standards visuels élevés. Déco Events consacre ainsi un module à la photographie d’objets décoratifs afin que chaque apprenti maîtrise les codes de la communication numérique.
La durabilité est également au programme. Les stagiaires ont appris à remplacer la mousse florale synthétique par des supports biodégradables et à privilégier des fleurs de saison. À long terme, cette approche responsable pourrait devenir un argument commercial différenciant sur un marché de plus en plus concurrentiel.
Pour les pouvoirs publics, la réussite de ce premier cycle ouvre la voie à d’autres promotions. Le Figa envisage déjà une session dédiée à la décoration végétale pour les hôtels de Pointe-Noire, tandis que la Chambre des métiers planche sur un label « Made in Congo » pour certifier la qualité.
Dans la douce lumière de fin d’après-midi, les jeunes certifiés ont quitté le site un ruban vert noué à leur poignet. Symbole d’espoir, la couleur rappelle que, comme la plante, une entreprise grandit avec soin, patience et formation. Bacongo repart ainsi avec 54 nouvelles graines d’avenir.
Prochaine étape, la livraison des premiers contrats pendant les fêtes de fin d’année, véritable baptême du feu pour cette promotion.

