Brazzaville prépare Samarcande
On 17 septembre, la Commission nationale congolaise pour l’Unesco a réuni son Assemblée générale dans la salle jaune du ministère des Affaires étrangères à Brazzaville. Au menu, l’adoption du rapport qui fixera le cap de la délégation congolaise à Samarcande fin octobre.
Autour des tables rectangulaires, représentants des ministères sectoriels, coordonnateurs de clubs Unesco, chercheurs et jeunes leaders ont confronté données et priorités. Leur objectif commun reste que chaque mot du document reflète les ambitions nationales en matière d’éducation, de culture et d’innovation scientifique.
Le conseiller à l’Enseignement supérieur, Pr Bernard Mpassi Mabiala, a lancé le ton. « Dans un contexte fragile pour la paix mondiale, notre examen doit être rigoureux pour renforcer l’Unesco », a-t-il insisté, plaidant pour des recommandations capables d’inspirer la future programmation 2026-2027.
En réponse, Brice Olivier Kamwa, représentant adjoint de l’Unesco au Congo, a salué un « moment stratégique où l’alignement des priorités nationales et des agendas multilatéraux devient déterminant pour le financement et la visibilité des projets ». La salle a approuvé sous un léger bruissement de dossiers.
Une session capitale pour l’agenda 2026-2027
La Conférence générale examinera le programme et le budget 2026-2027 de l’organisation. L’équipe congolaise veut peser sur les allocations consacrées à l’éducation de base, au numérique éducatif et à la sauvegarde de la Sape, symbole patrimonial prisé dans les quartiers de Bacongo.
Selon une note interne du ministère de la Culture, huit projets seront mis en avant, dont le renforcement du Centre de recherches géologiques de Makoua et la création d’un observatoire des langues nationales. Les fiches techniques ont été révisées pour répondre aux critères d’impact de l’Unesco.
Gabriel Bokoumaka, secrétaire général de la Commission, a rappelé que « l’adhésion des acteurs sectoriels obtenue lors des consultations de quartier fait toute la différence dans la mise en œuvre ». Cet ancrage participatif est censé sécuriser les financements partenaires et rassurer les évaluateurs.
À l’image de la feuille de route continentale de l’Union africaine, le Congo plaide pour un budget Unesco sensible au genre et à la jeunesse. L’idée est d’arrimer la stratégie nationale “Congo numérique 2025” au Global Education Coalition soutenu par Paris.
Aligner les priorités congolaises sur la scène mondiale
Les débats de Brazzaville ont aussi interrogé la gouvernance interne de l’Unesco. Plusieurs délégués estiment que les instituts régionaux gagneraient à rapprocher leurs antennes des universités congolaises, pour favoriser un transfert de compétences plus rapide vers les enseignants et les start-ups culturelles.
Pour le Pr Mpassi Mabiala, « le savoir ne peut circuler que si les structures sont agiles ». Il propose un mécanisme pilote combinant cours en réalité augmentée et plateformes mobiles, développé avec l’incubateur public de Kintélé. Le projet sera soumis aux commissions de la Conférence générale.
De son côté, Brice Olivier Kamwa encourage un dialogue Sud-Sud. Il rappelle que la bande sahélienne, le Golfe de Guinée et l’Afrique centrale partagent des défis similaires autour de l’employabilité des jeunes diplômés. Le Congo pourrait donc parrainer un atelier interrégional dès 2024.
Les membres des clubs Unesco scolaires, venus d’Owando, Dolisie et Pointe-Noire, ont plaidé pour que la jeunesse siège dans les organes consultatifs internationaux. Leur mémorandum, remis à la fin des travaux, insiste sur “l’expertise des lycéens en matière de climat scolaire et de bibliothèques”.
Unesco, paix et coopération : le Congo en vitrine
Au-delà des projets, la Commission a souligné la symbolique attachée à Samarcande, carrefour historique de la Route de la Soie. « Porter la voix du Congo dans une ville qui incarne l’échange civilisateur donnera une résonance particulière à notre plaidoyer », estime Bokoumaka.
La diplomatie culturelle congolaise s’appuie déjà sur l’inscription de cinq sites au Patrimoine mondial, dont les paysages de la Sangha. La délégation compte capitaliser sur ces réussites pour promouvoir de nouveaux dossiers, notamment le corridor écologique de Conkouati-Douli.
Sur le volet communication, un plan média évolutif est prévu. Des podcasts hebdomadaires, produits avec Radio Congo, décrypteront les enjeux de la Conférence. Des capsules vidéo courtes circuleront sur TikTok pour toucher la diaspora et stimuler un financement participatif autour des bibliothèques mobiles.
L’appui des autorités nationales demeure crucial. Le ministère des Finances a validé un fonds de contre-partie pour garantir la présence congolaise dans toutes les sessions thématiques. Cette allocation rassure les experts qui redoutaient l’impact budgétaire des tensions macroéconomiques mondiales.
Prochaines étapes jusqu’à Samarcande
D’ici l’ouverture officielle, le rapport adopté sera relu par un comité restreint avant transmission au siège parisien. Un atelier de simulation diplomatique est prévu début octobre pour familiariser les jeunes délégués aux procédures de vote et aux nuances du protocole multilatéral.
Entre ambition politique, rigueur académique et énergie citoyenne, la délégation congolaise veut faire de Samarcande une vitrine de son savoir-faire. « Nous irons partager, mais aussi apprendre », résume Kamwa, convaincu que la coopération culturelle reste une promesse tangible de développement durable.

