Un concours littéraire inter-universités inédit
La salle polyvalente de l’université libre du Congo a résonné, la semaine dernière, d’une effervescence inhabituelle. Cent-deux étudiantes et étudiants se sont retrouvés autour d’un même ouvrage pour défendre, à travers mots et images, la cause d’un campus sans violences basées sur le genre.
L’initiative, portée par l’association Zéro violences en milieu scolaire et universitaire, acte le lien étroit que la littérature peut tisser entre réflexion académique et engagement citoyen. Sous la houlette de sa présidente, Joseline Mansounga Moumossi, l’événement a pris des allures de plaidoyer artistique collectif.
Des étudiantes et étudiants mobilisés
Le concours s’est déroulé en présence de la secrétaire exécutive du Conseil consultatif de la femme, Yennice Claire Mberi Moukietou, marraine de l’Azvmsu, et du représentant du Conseil consultatif de la jeunesse, Sambo. Deux figures institutionnelles venues soutenir la jeunesse dans sa quête d’égalité.
La compétition opposait l’Université libre du Congo et l’Université Henri Lopez, deux entités privées habituées aux joutes intellectuelles. Leur défi : disséquer un texte traitant des violences sexistes, en proposer une lecture critique, puis formuler des pistes d’action concrètes à l’échelle des campus.
Au-delà de l’esprit de compétition, les participants ont démontré un véritable sens de la responsabilité sociale. « Nous sommes la génération qui peut rompre le silence », a lancé en ouverture Victoire Mapengo, étudiante en science politique à l’UHL, saluée pour la pertinence de ses questions.
Chaque équipe disposait de dix minutes pour exposer ce qu’elle avait aimé, relativisé ou contesté dans l’ouvrage, avant de suggérer des solutions. Le format, inspiré des concours d’éloquence, valorise l’expression orale, compétence recherchée par les employeurs congolais.
Un jury attentif à la créativité
Le jury, présidé par l’enseignant-écrivain Destin Jésus Sondzo, a insisté sur l’originalité des arguments autant que sur la qualité littéraire. « Nous notons l’aptitude à conjuguer empathie, rigueur et imaginaire », a-t-il expliqué à la fin des délibérations, entouré de Guershon Bolandzi et Destinée Kimbatsa.
Au terme des prestations, l’ULC s’est imposée dans la catégorie des exposés grâce au futur juriste Daniel Zangha Elion. L’UHL, pour sa part, a raflé le trophée des questions pertinentes, porté par la vivacité de Victoire Mapengo. Les deux lauréats ont reçu ouvrages, tablettes et attestations.
La marraine, Yennice Claire Mberi Moukietou, a été distinguée par les organisateurs pour son soutien constant. Elle a rappelé que le Conseil consultatif de la femme encourage la jeunesse à s’approprier l’Agenda 2030, où l’égalité des genres est un pilier du développement durable.
Engagement institutionnel et perspectives
Outre les universités, partenaires œuvrant pour les droits humains ont accompagné la première édition. Leur implication traduit l’importance accordée à la prévention des abus dans la stratégie nationale de protection de l’enfance et de la jeunesse, régulièrement saluée par les observateurs internationaux.
Les services universitaires chargés de la vie étudiante ont profité du concours pour rappeler l’existence des cellules d’écoute et des protocoles de signalement. Nombre de participantes disent avoir découvert ces dispositifs, preuve que l’information reste une clé pour bâtir un campus serein.
Des psychologues partenaires ont animé, en marge des joutes, un atelier consacré au consentement. Illustrations à l’appui, ils ont montré que prévenir passe par des dialogues réguliers, loin des cours magistraux, pour nommer et dénoncer les micro-agressions quotidiennes.
Appels à l’action contre les VBG
Dans son allocution finale, Joseline Mansounga Moumossi a insisté sur la nécessité d’adopter des textes spécifiques contre les violences sexuelles à l’université. Elle a plaidé pour des sanctions exemplaires, mais aussi pour un accompagnement médical, psychologique et juridique accessible à toutes les victimes.
« La honte doit changer de camp », a-t-elle martelé, soulignant que les auteurs de VBG se trouvent souvent dans le cercle de confiance des étudiant·e·s. Son discours a été relayé sur les réseaux sociaux de l’Azvmsu, devenus plateforme d’entraide et de témoignages.
Face à ce succès, l’association ambitionne de transformer le concours en rendez-vous annuel, en diversifiant les formats vers le slam, le court métrage ou la bande dessinée. L’objectif reste identique : offrir aux jeunes voix un espace d’expression et de solutions contre les discriminations.
Déjà, des établissements publics ont manifesté leur intérêt. Une extension pourrait renforcer le maillage territorial et favoriser des rencontres entre étudiants de Brazzaville, Pointe-Noire, voire Oyo ou Dolisie. Selon le comité, cette symbiose régionale enrichirait la réflexion sur les réalités locales des VBG.
En cultivant l’esprit critique et la solidarité, le concours rappelle que la lutte contre les violences sexistes commence souvent par un mot, un récit, un débat. À Brazzaville, cent-deux voix viennent de montrer qu’écrire, lire et parler peuvent déjà changer les rapports de pouvoir.
Pour de nombreux observateurs, l’expérience démontre qu’un projet culturel bien conçu peut servir de levier pédagogique et social. La combinaison lecture-débat-propositions place l’étudiant au cœur de la solution, renforçant durablement sa confiance en soi et son sentiment d’appartenance à une communauté protectrice.

